Décryptage des annonces de E. Philippe et J.M. Blanquer : effets de trompe l’oeil, enfumage à tous les étages, et régressions à venir !

dimanche 15 décembre 2019
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UN SYSTÈME PAR POINTS CONFIRME

Le Premier Ministre ne revient pas sur le fond de la réforme, et ses (gros) dangers structurels : le carcan des 13,8% du PIB consacré aux retraites et pensions n’est pas remis en cause (aucune annonce sur les possibilités de financements nouveaux) ; la fin de la référence aux 6 derniers mois, qui sont les meilleures années pour les fonctionnaires ; l’instauration d’une logique individuelle, et le démantèlement d’un volet du statut des fonctionnaires (le principe du salaire continué après activité, rémunéré sur le budget de la Nation - rappelons que, à ce jour, les fontionnaires ne cotisent à rien, sauf, à la marge, au RAFP). Le statu quo est total.

DES MESURES D’ÉCONOMIES DE COURT TERME MAINTENUES

Une instauration très rapide d’un âge minimal pour prétendre au taux plein (âge d’équilibre) a été annoncée, pour tous les départs en retraite à compter de 2022, porté à 64 ans dès 2027. Ainsi pour avoir sa retraite à taux plein, avoir cotisé toutes ses années ne suffira plus : il faudra à la fois avoir le bon nombre de trimestres et avoir dépassé 64 ans en 2027, puis 65 ans, puis 66… aucune génération n’est épargnée avant ou après 1975 ! C’est une extension du système actuel de décote, qui touche déjà plus de 20% de nos collègues qui partent en retraite, mais en en aggravant les effets.

LA VALEUR DES POINTS NE POURRA PAS BAISSER...

... à condition que l’on travaille plus longtemps ! L’annonce de l’indexation de la valeur des points acquis sur les salaires se veut rassurante. Mais le niveau de la pension par rapport au dernier salaire n’est en aucun cas garanti, car la valeur qui importe n’est pas la valeur du point (qui n’est qu’un indice), mais le "taux de remplacement", c’est à dire la part de pouvoir d’achat qu’on conserve lorsqu’on passe de l’emploi à la retraite. Et celui-ci va baisser, plus fortement qu’aujourd’hui. Ce que le gouvernement fait mine de garantir avec la valeur du point, il le reprend avec une décote due à l’élévation de l’âge d’équilibre. En outre, on peut garantir par la loi la valeur d’achat du point (fixer le lien entre cotisation et nombre de points acquis) ... et redéfinir annuellement sa valeur de service (montant de la pension à laquelle il ouvre droit), par exemple par la loi annuelle qui fixe les dépenses de sécurité sociale. C’est d’ailleurs ce que dit E. Philippe, qui, en affichant une possibilité de gestion de la valeur de service du point par les partenaires sociaux, les place sous la surveillance du parlement... Inversement, on peut aussi garantir la valeur de service, et faire évoluer la valeur d’achat : comme il y a deux valeurs pour le point, en fixer une ne suffit pas.

UN RECUL DE L’APPLICATION DE LA RÉFORME AUX GÉNÉRATIONS NÉES APRÈS 1975 :

Diviser pour mieux régner en faisant croire que ceux nés avant sont épargnés, on a vu plus haut que non ! L’annonce de la préservation pour les générations nées après1975 des droits acquis dans le système actuel est faite sans garantie tangible. Et si la réforme est si favorable, pourquoi alors en priver ceux nés avant 1975 ? Et pour ces générations nées après 1975, les effets seront bien tous ceux que nous dénonçons d’une reforme systémique par points. Il s’agit surtout de rendre la réforme soi-disant « irréversible » pour nos élèves et nos enfants. Une façon pour le gouvernement de dire qu’il veut passer en force pour imposer le système par points, aux prix de quelques concessions de façade mineures, et encore : ainsi, une personne née en 1975 aura 70 % de sa retraite calculée selon l’ancien régime et 30 % avec le nouveau (bascule en 2025 au système par points pour toutes et tous).

LES FEMMES GRANDES GAGNANTES ?

De qui se moque-t-il ? Interruptions de carrières, moins de primes, baisse des droits à pension de réversion... Si le gouvernement est obligé de faire ces annonces, en multipliant les provocations, c’est qu’il souhaite accélérer la présentation du projet de loi au 22 janvier 2020, et se trouve obligé de révéler des pans, jusqu’ici masqués, de son projet global.

UN MINIMUM DE PENSION DE 1.000 euros POUR UNE CARRIÈRE COMPLÈTE AU SMIC

… c’est déjà prévu dans la loi de 2003, et cela sera pour une carrière complète sinon, au prorata, et sur une carrière dont on ne sait pas la durée pour être considérée complète). En outre, quel sera le pouvoir d’achat avec 1.000 euros en 2050, compte tenu de l’inflation ? Pour mémoire, le montant pour 2020 du minimum vieillesse (revalorisé chaque année, lui, en fonction de l’inflation) sera de 903€. Il ne tardera pas à dépasser les 1.000 euros annoncés "garantis" par E. Philippe.

ET PLUS PARTICULIEREMENT POUR LES ENSEIGNANTS : UNE REDEFINITION DU METIER !

Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé lui, quelques minutes après E. Philippe, une redéfinition du métier, de la carrière, du statut, qui complète la réforme en cours, et déjà bien avancée, des concours et de la formation initiale en contrepartie d’une revalorisation pour quelques uns à coup de primes (à la mobilité tous les 5 ans, à l’orientation, etc.). Une dégradation des conditions de travail sans précédent pour une retraite toujours inférieure ! Ces recettes indigestes pourraient bien être administrées à tous et toutes, contrairement aux primes ! La réforme des retraites est donc aussi un prétexte pour un « bouleversement systémique » de notre profession, qui s’inscrit dans la continuité des lois Blanquer et Dussopt contre la fonction publique votées en août, dans les écrits de Blanquer (L’Ecole de demain), dans les rapports de la Cour des comptes et du Sénat, dans les conclusions des laboratoires d’idées libéraux (Institut Montaigne) : annualisation, polyvalence, primes individuelles au « mérite » et à la « performance professionnelle », nouvelles missions, perte d’une partie des congés…


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